Entre Plérin et Camaret-sur-Mer, la troisième étape de ralliement du Tour Voile s’est progressivement muée en une immense partie d’échecs à ciel ouvert. De Trégastel à l’île de Batz, puis jusqu’aux premiers contreforts de la mer d’Iroise, les marins ont, de fait, disputé bien plus qu’une course de vitesse : un exercice de lecture du plan d’eau, de patience et de sang-froid. Par moments, il ne restait plus que quelques souffles d’air. Puis plus rien. Les Figaro Beneteau 3 se sont retrouvés livrés à des veines d’eau capables de filer à près de trois nœuds en sens inverse. Dans ces conditions, quelques dizaines de mètres ont suffi à faire basculer une course entière. Finalement raccourcie et arrêtée au phare du Four en raison de l’absence totale de vent, l’étape a consacré La Réunion, vainqueur peu après 16 heures avec 1 h 25 d’avance sur Région Bretagne – CMB Espoir. Une victoire construite en exploitant chaque souffle d’air, chaque contre-courant et chaque ouverture sur un plan d’eau où quelques mètres ont parfois fini par valoir plusieurs milles.
Le courant use aussi les nerfs
Sur le papier, cette troisième étape ne faisait que 118 milles. Sur l’eau, elle a semblé interminable. Car dans la pétole, le temps ne s’écoule plus de la même manière. Chaque risée devient un événement. Chaque renverse, une menace. Dès hier soir, au large de la pointe de Trégastel, la course a basculé. Pendant que La Réunion et Région Bretagne – CMB Espoir trouvaient les bons contre-courants au ras des cailloux, la cartographie a offert un spectacle presque irréel. Les traces de plusieurs bateaux ont dessiné des boucles inattendues, de parfaits cercles ou des trajectoires aussi improbables qu’involontaires, avant que leurs équipages ne choisissent de mouiller pour empêcher le courant d’effacer leur progression. Quelques heures plus tard, le même scénario s’est reproduit à l’île de Batz, où la renverse a piégé CER – Ville de Genève et APCC Centre de Formation, arrivés quelques minutes trop tard. Une nouvelle fois, il ne s’est pas agi d’une différence de vitesse, mais de quelques mètres… ou de quelques minutes. « Cette étape était dingue », a résumé Aurélien Barthélemy, skipper de La Réunion. « Elle n’était pas très longue, mais elle a été sacrément longue en termes de temps. Tout s’est joué peu après Perros-Guirec. Jules (Ducelier) s’est immédiatement plongé dans la navigation et son expérience du Figaro Beneteau 3 nous a énormément apporté. Ensuite, il a fallu enchaîner, choisir quand s’exposer au courant, quand aller chercher un contre-courant et réussir à trouver le moindre souffle d’air. »
Une heure vingt-cinq… pour quelques dixièmes de nœud
Si l’équipage de La Réunion a remporté l’étape, celui de Région Bretagne – CMB Espoir a lui aussi réalisé une très belle opération. Deuxième au phare du Four, l’équipage breton conserve les commandes du classement général provisoire (avant jury) après 21 courses et continue de creuser l’écart sur plusieurs de ses principaux rivaux. « Le grand moment tactique de cet offshore, c’était clairement Trégastel », a confirmé Paul Morvan. « Au moment où le vent est tombé, notre Victor (Le Pape), en charge de la nav’ sur cette étape, nous a emmenés dans les bons contre-courants. On est allés chercher les petits effets de côte et cela nous a permis de reprendre la tête pendant plusieurs heures. Ensuite, dans la nuit, les Réunionnais ont réussi à décoller quelques minutes avant nous. Ils ont gardé deux ou trois dixièmes de nœud d’avance. Sur le moment, ça paraît insignifiant. Dix heures plus tard, les écarts deviennent énormes. » Toute l’étape s’est jouée dans ces détails presque invisibles. Un dixième de nœud supplémentaire, une risée attrapée quelques secondes avant les autres ou un contre-courant mieux exploité ont suffi à créer des écarts qui, ensuite, sont devenus presque impossibles à effacer.
Des points qui pourraient compter très cher
Cette troisième étape pourrait laisser des traces bien au-delà de son seul vainqueur. Même raccourci de vingt milles, le parcours reste en effet soumis à une fermeture de ligne fixée à 5 h 54 après le passage du premier concurrent, soit à 21h55 ce soir. Avec un vent quasiment absent au large de la pointe Bretagne, le chronomètre devient ainsi un adversaire supplémentaire et plusieurs équipages risquent encore de payer très cher ces interminables heures passées à lutter contre un courant plus fort que le vent. Un scénario qui pourrait rebattre les cartes au classement général. Après une nuit qui promet d’être particulièrement longue pour une partie de la flotte, le Tour Voile retrouvera demain un format inshore dans la baie de Camaret-sur-Mer. La Direction de course a programmé l’appareillage des bateaux à 13 h 30 pour un premier départ aux alentours de 14 heures. Au menu : des parcours construits et un parcours côtier. Avec, cette fois, l’espoir qu’une petite brise thermique revienne enfin remettre le vent au cœur du jeu.
Ordre d’arrivée de l’étape Plérin-Camaret-sur-Mer
- 1- La Réunion le 6 juillet 2026 à 16h15
- 2- Région Bretagne – CMB Espoir à 17h29
- 3- PAPREC by Normandy Inshore Program à 18h32
- 4- Dunkerque x Kiloutou à 18h38
- 5- LGC Sailing – Bretagne Plaisance à 18h49
- 6- digiLab x RORC à 18h57
- 7- Seiko-Les Etoiles Filantes-TAKHYS à 19h21
- Encore en mer : CER-Ville de Genève et APCC Centre de Formation