Port-la-Forêt a accueilli, en ce début de mois de février, le 10e colloque des Directeurs de Course au Large (DCAL), rendez-vous désormais incontournable pour celles et ceux qui orchestrent, les grands rendez-vous de la course hauturière et océanique. Organisé avec le soutien du Pôle France Finistère Course au Large, ce colloque bisannuel a réuni pendant deux jours près d’une trentaine de Directeurs de course et Directeurs de course adjoints, aux côtés d’organisateurs, de médecins référents, d’experts techniques, de sportifs/navigateurs et de représentants des autorités maritimes.
Cette édition anniversaire marque une étape symbolique pour une fonction devenue essentielle dans l’écosystème de la course au large. Créée officiellement en 2006, la fonction de Directeur de Course au Large et la commission qui l’encadre fêteront d’ailleurs leurs 20 ans en 2026, preuve de la structuration progressive et nécessaire de ce métier aux responsabilités multiples.
Dès l’ouverture, Jean-Luc Denéchau, président de la Fédération Française de Voile, a rappelé l’importance stratégique du rôle des Directeurs de course dans un contexte de professionnalisation accrue, d’évolution des supports et d’exigences toujours plus fortes en matière de sécurité, de responsabilité et de cohérence sportive.
Les échanges ont rapidement pris une dimension très concrète avec l’intervention des autorités maritimes. Nancy Léger, cheffe du bureau « Sauvetage et Navigation Maritime » de la Préfecture Maritime de l’Atlantique, et Alexis Morel, directeur du CROSS Étel, ont partagé leur vision opérationnelle de la coordination avec les organisations de course. Une séquence particulièrement riche, illustrant la nécessité d’un dialogue constant et anticipé entre Direction de course et acteurs institutionnels du sauvetage en mer.
La Commission des Directeurs de Course au Large Présidé par Christophe Schenfeigel – Vice-Président de la FFVoile en charge de l’Habitable et de la Course au Large a ensuite dressé un bilan de son fonctionnement. Marc Bouvet, en charge des pratiques sportives à la FFVoile, a présenté le rôle de la cellule technique et administrative, véritable colonne vertébrale du dispositif, soulignant les progrès réalisés mais aussi les axes d’amélioration, notamment en matière de mutualisation des expériences et d’harmonisation des pratiques.
Autre temps fort de la première journée : la présentation des évolutions des RSO (Réglementations Spéciales Offshores) 2026-2027 par Christophe Gaumont. Sécurité des marins, conformité des bateaux, responsabilités partagées… autant de sujets qui nourrissent le quotidien des Directeurs de course et appellent une veille réglementaire permanente.
Les retours d’expérience ont occupé une place centrale tout au long du colloque. Ceux de la Transat Café L’Or Normandie Le Havre, avec les interventions de Jean-Baptiste Gellée (inter invest), Audrey Ogereau (Koésio), mais aussi des pilotes de la flottille 32F impliqués dans les opérations de sauvetage des OceanFifty chavirés, ont rappelé combien la gestion de crise fait partie intégrante du métier. La capacité à décider vite, collectivement et en lien avec les bons interlocuteurs reste un enjeu majeur.
Sur le plan médical, les interventions de Laure Jacolot et du docteur Thierry Charland, tous deux médecins référents Course au Large et membres de l’AMCAL, ont permis d’aborder sans détour les réalités humaines et médicales des grandes épreuves, du Vendée Globe à la Transat Café L’Or. Leur éclairage a renforcé la prise de conscience du rôle clé de la Direction de course dans l’anticipation et la gestion des situations à risque.
La météo et la technologie n’ont pas été en reste. Jean-Luc Nélias a rappelé les points de vigilance liés à l’utilisation des données météorologiques dans la construction et l’adaptation des parcours, tandis que Yoann Richomme a offert une plongée passionnante dans les outils et technologies embarquées à bord des bateaux, ouvrant des perspectives nouvelles – mais aussi des questions – pour les Directeurs de course.
Les aspects juridiques et sportifs ont également nourri les débats, avec des échanges sur la responsabilité des Directeurs de course, l’arbitrage en course au large et l’évolution des comptes-rendus d’épreuves. Autant de sujets sensibles, abordés dans un esprit constructif et pragmatique.
La présence de Corinne Migraine, vice-présidente de World Sailing, a enfin donné à ce colloque une résonance internationale, soulignant la reconnaissance croissante de l’expertise française en matière de direction de course au large.
Au-delà des interventions, ce 10e colloque restera surtout comme un moment d’échanges riches, francs et transversaux, où la diversité des formats de course, des supports et des organisations a été pleinement prise en compte. Une photographie fidèle d’un métier en constante évolution, au cœur de la performance sportive comme de la sécurité en mer.
Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour le prochain colloque, annoncé en janvier 2028, avec la certitude que ces temps de partage resteront essentiels pour accompagner l’avenir de la course au large.